Brussels

Une rencontre entre Leyla et Eurydice

Huit ateliers, chiffre de l’infini redressé, pour faire écrire des apprenants dans une villa, à Ganshoren, mandatée par les Midis de la Poésie. La Villa, je le découvre est un centre culturel installé dans une petite maison qui semble tirée d’un conte.

Le projet aura lieu là, et partout dans la ville, autour de la Monnaie, l’architecte de la constellation. Deux histoires anciennes sont nos guides. Orphée et Eurydice, mythe que je connais, et Leila et Majnun, à découvrir. Deux fils entremêlés, autour de deux hommes, un poète et un musicien, avec comme ingrédients la musique, l’amour, la mort, des animaux, et deux femmes, muses, restées en retrait.

Leila et Eurydice. Qui sont-elles ? L’une est morte le jour de son mariage. Nous n’en savons pas beaucoup plus. L’autre, a écrit des poèmes, comme son amant fou, mais ce sont les siens à lui, qui sont transmis. Elles seront nos muses. Nous allons les raconter en explorant la langue et les expressions qui la composent, pour tricher, créer un décalage dans les mots et écrire une poésie alphabétisée, qui joue avec les mots. En français, mais pas toujours. D’autres mots, phonétiques, se sont glissés entre nos pages et sont venus enrichir nos phrases. Tirés des langues des apprenants.

J’aime écrire avec d’autres. J’aime l’échange permis par les mots, et j’ai conçu ces ateliers autour de cette idée. J’étais la colporteuse des visiteuses et des visiteurs de la Villa. Un mot, juste un mot, de l’un d’eux, pouvait commencer le poème.

Comment écrire avec des personnes qui ne parlent pas bien la langue dans laquelle nous devons échanger ? Comment parler, même, ensemble ?

Je n’étais pas inquiète, nous allions commencer par nous regarder.

Nous avons installé les tables en rond et j’ai passé du temps à les regarder, un par un, en leur répétant les histoires. Au début, seuls quelques mots leur faisaient briller les yeux : la Monnaie, la musique, l’amour, la mort. Mais au fur et à mesure des ateliers, ils ont compris les histoires. Nous avançons. Je les vois attentifs, toujours. Hommes et femmes aux histoires complètes. Ils sont Eurydice, ils sont Leila. Je tiens la baguette magique mais ils ont les formules. Nous avons beaucoup exploré les deux histoires, raconté leurs points communs, discuté les thématiques qu’elles soulèvent. La force du projet tient dans cette idée de faire se rencontrer des histoires. Des personnes. Chaque atelier était une aventure. Une étape de plus. Sous leurs langues, Eurdidyce et Leila, multiples et uniques, ont pris vie. Elles se sont réveillées, se sont parées, ont refusé la mort, envisagé l’immortalité, avant de se transformer en animaux. Je sais que le plus important, dans ces ateliers, aura été le processus. J’ai été attentive à ce que nous le construisions ensemble, avec eux. Mais je suis fière aussi, du résultat de nos écritures. Je crois en la poésie un peu bancale de nos tentatives. Nous avons été Eurydice et Leila, ensemble, sans avoir peur de nous perdre dans des paysages de mots incompréhensibles. Et, grâce à toutes, grâce à tous, aujourd’hui j’ai l’impression d’avoir rencontré ces deux femmes éclipsées.

Aliette Griz

Leila et Eurydice. Qui sont-elles ? L’une est morte le jour de son mariage. Nous n’en savons pas beaucoup plus. L’autre, a écrit des poèmes, comme son amant fou, mais ce sont les siens à lui, qui sont transmis. Elles seront nos muses. Nous allons les raconter en explorant la langue et les expressions qui la composent, pour tricher, créer un décalage dans les mots et écrire une poésie alphabétisée, qui joue avec les mots.